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Que feriez-vous avec 6700$ de revenus... par année?

Telle est, à peu de choses près, la somme que reçoivent les prestataires de l’aide sociale au Canada. De cet argent, ils doivent en tirer de quoi se loger, de quoi se vêtir, de quoi manger et s’il en reste, quelques menus loisirs. Nous avons tendance à l’oublier, mais la pauvreté existe au Québec et au Canada. Selon le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) , plus de la moitié des ménages locataires canadiens ayant un revenu annuel inférieur à 10 000$ consacraient plus de 80% de leurs revenus pour se loger. Il faut noter que la majorité de ces personnes sont prestataires de l’aide sociale. Statistique Canada fait remarquer qu’en 2001, 19,1% de la population du Québec vivait dans un ménage privé à faible revenu, seuil fixé à cette époque à 18 371$ pour une personne seule. À titre indicatif, une personne qui travaille au salaire minimum de 7,60$ de l’heure pendant 40 heures par semaine touchera 15 808$ brut après 52 semaines de travail.

Et en plus d’être acculés à survivre dans des conditions misérables, les personnes vivant dans la pauvreté font face à d’innombrables préjugés alimentés par les médias et les politiciens. Dans toutes les couches de notre société, on considère les personnes pauvres et assistées sociales comme paresseuses, fraudeuses, ignorantes, incapables de gérer un budget et vivant au crochet de la pauvreté. Selon le Front commun des personnes assistée sociales du Québec (FCPASQ) , les personnes pauvres, de par leur condition sociale, sont victimes de préjugés qui deviennent « un courant idéologique de répression sociale qui vise à les maintenir isolées afin d’éviter qu’elles développent un contre-pouvoir ». Ainsi, le dossier de la pauvreté demeure un tabou et ne devient jamais une priorité.

Qu’en est-t-il des mesures que le gouvernement entreprend pour lutter contre la pauvreté? Dans un système aux valeurs néolibérales comme le nôtre, les méthodes employées sont souvent très dures : l’adage veut que les gens qui ont faim seront plus enclins à se chercher un emploi. À preuve, le projet de loi 57 (projet de loi sur l’aide aux personnes et aux familles) du gouvernement Charest, qui ne permet toujours pas aux ménages vivant de l’aide sociale de couvrir les dépenses de base nécessaires à la survie, qui n’indexe pas automatiquement et pleinement les prestations des ménages au coût de la vie et qui accentue encore les divisions entre les pauvres méritants et les mauvais pauvres (suivant des critères de contraintes à l’emploi). Pendant ce temps, ce même gouvernement promet des baisses d’impôts de 1 milliard de dollars qui, à terme, mettront 416$ de plus en moyenne dans les poches des 2 400 000 contribuables québécois, soient 8$ de plus par semaine. Le même milliard permettrait en revanche une augmentation annuelle de 2780 $ (soit 231 $ par mois) des prestations versées aux 359 605 ménages assistés sociaux du Québec. En bref, nous sommes loin d’une redistribution universelle de la richesse, un système où règnerait la solidarité à l’échelle nationale. Il s’agit donc d’un choix de société que nous nous devons de refuser et de dénoncer.

L’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que « tous les humains naissent libres et égaux en droits et en dignité ». Selon le FCPASQ, si une majorité de citoyennes et citoyens de la planète voient leurs droits bafoués, cela découle de la présence de deux idéologies dominantes, à savoir le néolibéralisme et le patriarcat. Il est grand temps, en ces temps de changements, d’unir nos efforts et de lutter contre la pauvreté à travers une mondialisation de nos solidarités.

Pour informations :Etienne Grandmont, animateur-coordonnateur

Date: 15 Août 2005

FSGPQ Centraide
Créé par: Tommy Rochette