La dette du Québec : une priorité… vraiment prioritaire?
Le ministre des Finances, Michel Audet, montait récemment au front pour orienter la campagne
prébudgétaire uniquement sur l’enjeu du remboursement de la dette du gouvernement du Québec au détriment
d’autres postes budgétaires à caractères sociaux. Le ministre allait même jusqu’à nous proposer, dans une
entrevue accordée à un quotidien de Québec, une solution des plus réductrices qu’il résumait dans ces mots
: « Si on est d'accord pour réduire la dette, comment on y arrive ? En réduisant les dépenses ? En augmentant
les impôts ? » Or, on se souvient que ce gouvernement s’est fait élire en 2003 principalement sur la base de
promesses d’impôts, ce qui est toujours une douce musique aux oreilles d’une bonne partie de la population.
Verra-t-on alors ce gouvernement sabrer à nouveau dans les services sociaux et les dépenses sociales qui,
combinés aux revenus des ménages les plus pauvres, leurs permettent à peine pour survivre? C’est l’avenir
des générations futures que ce gouvernement hypothèquera s’il va de l’avant avec les propositions du ministre Audet.
Il est important de ne pas se laisser aveugler par le seul problème de la dette. Le Front d’action populaire en
réaménagement urbain (FRAPRU), dont le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur est membre,
rappelle que, sans nier l'importance de cet enjeu, la dette nette du Québec est passée de 47 % à 37 % du Produit
intérieur brut de 1998 à 2004. Il rappelle également que l'augmentation du service de la dette, qui a été de 0,5 %
par an dans les dernières années, a été beaucoup moins importante que celle des dépenses gouvernementales totales.
Il estime enfin qu'il faut cesser de considérer l'ensemble de la dette publique comme un handicap alors qu'une large
part a servi à doter le Québec d'actifs dont la population dispose maintenant comme ses écoles, ses hôpitaux ou encore
ses logements sociaux.
D’autres urgences
Le Comité tient à rappeler que le taux de logements inoccupés dans la Basse-ville de Québec n'est que de 0,1 %
pour les logements de trois chambres à coucher et plus et de 0,3 % pour les logements de deux chambres à coucher.
Cette situation s'explique en grande partie par les hausses de loyer subies dans les dernières années. Par exemple,
dans la région de Québec, le loyer moyen d'un logement de deux chambres à coucher a atteint 621 $ par mois en 2005.
C'est 103 $ de plus par mois qu'en 2000, pour une augmentation de près de 20 % en cinq ans, dont 4,2 % en 2005. Si le
loyer avait augmenté au même rythme que l'Indice des prix à la consommation (IPC) depuis 2000, il serait aujourd'hui
de 582 $ par mois.
À trop vouloir vendre le Québec à des intérêts privés, le gouvernement Charest oublie d’aider les plus « vulnérables »
de notre société. Des initiatives intéressantes seraient de relancer la construction de HLM au Québec, dont la construction
est complètement arrêtée depuis 1994, de reconduire, de bonifier et d’améliorer les programmes actuels de coopératives
d'habitation et de logements sans but lucratif, la rénovation des 63 000 HLM actuels, ainsi que de l'aide d'urgence pour
les ménages sans logis.
Des actions
La semaine dernière, le FRAPRU a présenté ses demandes budgétaires au ministre québécois des finances. Il le faisait
en compagnie d’autres regroupements nationaux (la Fédération des femmes du Québec, le Collectif pour un Québec sans pauvreté,
le Comité aviseur de l’Action communautaire autonome et le Chantier de l’économie sociale). La plupart de ces regroupements
ont également fait écho à nos demandes pour des nouveaux logements sociaux. Cependant, le ministre s’est montré peu motivé à
réinvestir dans le logement, prétextant entre autres, « que la crise est derrière nous ». Notre campagne prébudgétaire devra
donc être convaincante…